Carlos Ghosn de nouveau arrêté pour abus de confiance aggravé

Cette quatrième arrestation intervient alors que l’ex-magnat de l’automobile avait été libéré sous caution, il y a à peine un mois, après plus de 100 jours passés en détention.

Par Philippe Mesmer Publié aujourd’hui à 02h04, mis à jour à 02h40

Temps de Lecture 2 min.

Carlos Ghosn a été arrêté pour la quatrième fois. D’après la chaîne publique japonaise NHK et la plupart des médias japonais, les procureurs se sont présentés peu avant 6 heures du matin jeudi 4 avril (mercredi, 23 heures à Paris) à l’appartement que l’ancien dirigeant de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi occupe dans l’arrondissement de Shibuya, à Tokyo.

Ils lui auraient notifié son arrestation pour abus de confiance aggravé avant de l’emmener au parquet. Selon des sources citées notamment par l’agence Kyodo, M. Ghosn aurait détourné à son profit personnel une partie des 3,5 milliards de yens (28 millions d’euros) versés à Suhail Bahwan Automobiles, concessionnaire exclusif depuis 2004 de Renault et Nissan à Oman, officiellement afin de couvrir des « primes de performance ».

Or l’argent ne viendrait pas des comptes de Nissan. Il proviendrait d’une enveloppe mise à la disposition de M. Ghosn par le constructeur nippon et baptisée la « réserve du PDG ». Selon des sources proches de l’enquête, une partie de ces montants aurait transité via un fonds d’investissements libanais, Good Faith Investments, dont l’un des actionnaires serait un ami d’enfance de M. Ghosn et qui serait géré par un dirigeant du concessionnaire omani. L’argent détourné aurait alimenté le compte d’une société dont Carole Ghosn, l’épouse de l’ex-dirigeant de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, était représentante.

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Cet argent aurait servi, entre autres, à l’acquisition d’un yacht de luxe utilisé par la famille Ghosn. Il aurait également permis de financer Shogun, une start-up basée à San Francisco et créée par Anthony Ghosn, le fils de l’ancien patron de Nissan. Shogun a nié ces allégations.

Une arrestation « révoltante et arbitraire », déplore Carlos Ghosn

Dans un communiqué, Carlos Ghosn a qualifié sa nouvelle arrestation de « révoltante et arbitraire ». Il y voit « une nouvelle manœuvre de certains individus chez Nissan qui vise à m’empêcher de me défendre en manipulant les procureurs ». « Je suis innocent de toutes les accusations infondées portées contre moi et des faits qui me sont reprochés » écrit-il, ajoutant :

« Je reste persuadé que si ma demande d’être jugé équitablement est respectée, je serai innocenté. »

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La défense de l’ancien dirigeant affirme de son côté que l’argent en question a été versé à la demande des subordonnés de M. Ghosn chez Nissan. Ils lui auraient dit qu’il s’agissait de rémunérer le concessionnaire pour ses années d’activité. Toujours selon les avocats, l’acquisition du yacht n’a rien à voir avec Nissan.

La nouvelle arrestation survient alors que M. Ghosn avait annoncé mercredi 3 avril sur un compte Twitter nouvellement créé la tenue d’une conférence de presse le 11 avril, pour « dire la vérité sur ce qui se passe ». « Il va bien et réfléchit soigneusement à la déclaration qu’il veut faire, cela surviendra dans un futur proche », affirmait mardi 2 avril à la presse son avocat, Junichiro Hironaka. « Parce que sa portée sera significative, il prend le temps de bien préparer » cette intervention devant les médias.

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Carlos Ghosn a été arrêté une première fois le 19 novembre 2018 pour avoir minoré ses déclarations de revenus aux autorités financières japonaises entre 2010 et 2015. Il l’a été une seconde fois le 10 décembre pour des faits similaires entre 2015 et 2018, puis une troisième le 21 décembre pour abus de confiance aggravé. Le parquet l’a mis en examen pour l’ensemble de ces charges. Il a bénéficié le 6 mars d’une libération contre le versement d’une caution d’un milliard de yens (7,9 millions d’euros), dans l’attente d’un procès qui ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois.

Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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